Sunday, June 16, 2019

Cameroun: Une ignoble farce appelée “Opération Épervier” – Etienne Sonkin

Au mépris des potentielles mesures préventives plus efficaces.
L’actualité nationale reste encore marquée, entre autres, par la bruyante interpellation et incarcération de l’ex tout-puissant ministre Edgard Alain Mebe Ngo et de son épouse au nom de la fameuse “Opération Épervier”, laquelle n’a cessé de bourrer les principales prisons du pays dont celle très réputée de Kondengui (Yaoundé), de grosses légumes du régime au pouvoir à Yaoundé depuis 37 ans.

A titre de rappel, et ce à l’attention de ceux-là bien nombreux qui l’auraient oublié ou en ignoreraient la genèse, l’Opération Épervier est une fuite en avant du pouvoir en place, déclenchée le 07 septembre 1999 avec l’arrestation l’ancien Ministre des Postes et Télécommunications de l’époque, feu Mounchipou Seidou pour ne pas le nommer. L’évolution du temps et des faits nous révèle aujourd’hui qu’il ne s’agissait, en son temps, que d’un très savant camouflage mis en oeuvre par ce pouvoir pour voler la vedette aux tous premiers députés SDF à l’Assemblée Nationale (mandature 1997/2002), lesquels, à travers une offensive musclée sans précédent, avaient farouchement ébranlé cette fameuse chambre parlementaire, pour vigoureusement réclamer la création d’une commission d’enquête parlementaire aux fins d’auditer la gestion calamiteuse de cet «illustre» mis en cause. Une gestion cavalière caractérisée, çà et là, par de volumineux détournements grossiers des deniers publics mis à la disposition de ce baron du régime au titre du budget de son département ministériel.

Par sa démarche osée, le SDF voulait ainsi confondre Biya qui n’avait sans cesse demandé aux nombreux dénonciateurs de lui présenter les preuves à l’appui de leurs récurrentes accusations de détournements de la fortune publique portées contre ses hommes. Par une ruse à lui propre, suite aux pilonnages nourris des députés SDF, le manitou avait donc pris sur lui de faire interpeller aussitôt l’accusé susnommé pour court-circuiter la démarche de ces élus hors-pairs, afin de laisser croire à l’opinion publique qu’il réagissait plutôt de son propre chef en guise de concrétisation spontanée de l’éblouissant slogan « rigueur et moralisation » sous le signe duquel il avait placé son mandat de départ.

Malheureusement pour la nation, la gestion pour le moins intrigante de cette opération n’en a fait et ne continue d’en faire qu’une manigance intelligente de plus servant seulement à embrouiller les esprits peu éveillés. Ceci pour dire, en termes simples, que les détournements des fonds publics sous le Renouveau alias Grandes Ambitions alias Grandes Réalisations alias Grandes Opportunités, ne sont en fait que des symptômes pathologiques caractéristiques de la gouvernance mafieuse de ce régime, chose destinée à servir les besoins de sa cause, notamment sa pérennité.

Pour s’en convaincre, si l’on peut évaluer sommairement à plusieurs milliers de milliards de francs CFA le volume ahurissant desdits détournements depuis l’accession de Paul Biya au pouvoir, il y a lieu tout de même de se demander quel montant en aura été recouvré en revanche à la faveur de cette fameuse opération affichée depuis lors comme panacée ou solution fétiche contre cette pandémie. Ne serions-nous que des idiots du village pour nous contenter de ces hideuses coutumières mises en scène théâtrales que sont ces arrestations et incarcérations spectaculaires pourtant sans retombées conséquentes ?

L’Opération Épervier”, au bout du compte, s’apparente à ce que les professionnels de la santé qualifient de traitement symptomatique, c’est-à- dire un simple calmant pour prétendre soigner une maladie pourtant grave voire mortelle, cela en lieu et place de ce qui devrait en être le traitement étiologique, c’està- dire le traitement de la cause la maladie qu’est l’agent pathogène (le microbe). En fait, peut-on traiter le paludisme ou la typhoïde avec du paracétamol qui n’a pour effet que de calmer que la fièvre et les courbatures, et pour combien de temps d’ailleurs ? Le temps pour le mal de s’enliser et s’empirer, n’est-ce pas !

Comment comprendre que près de 60 ans (âge de grand-père) après l’indépendance et ceci au mépris, entre autres, de l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, un gouvernement des temps modernes en soit encore à une gestion rudimentaire (manuelle) des finances publiques ? Qu’après un « service fait » ou une « fourniture livrée » et dûment réceptionné(e) conformément à la réglementation en vigueur (c’est-à-dire par les agents habiletés ou par la commission compétente), l’on en soit encore à « suivre » quotidiennement son dossier ou sa facture, d’un bureau à l’autre, moyennant d’interminables pourboires mal à propos et autres stupides rétro-commissions ?

Ceci au lieu de rester plutôt tranquillement chez soi pour recevoir dans quelques jours ou semaines plus tard, une notification pourquoi pas via son téléphone portable annonçant le virement en banque du règlement de sa créance ? C’est ici le lieu de rappeler que lors de l’élection présidentielle d’octobre dernier, le candidat du SDF, Joshua Osih, avait présenté un programme salvateur comportant, parmi bien d’autres innovations, deux offres majeures et pertinentes en la matière : le fédéralisme et la numérisation de la gestion, notamment la dématérialisation des procédures administratives, financières, budgétaires et fiscales, toutes choses qui semblent avoir échappé à l’attention ou à la compréhension de beaucoup d’acteurs et d’observateurs.

En effet, s’agissant du fédéralisme qui, entre autres bienfaits, consacre la séparation constitutionnelle effective des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire), ce système anéantit pratiquement la monopolisation desdits pouvoirs (pleins pouvoirs) par un seul bonhomme (Président de la République) qui en abuse allègrement, comme c’est le cas actuellement. L’information claire et nette . Et comme beaucoup l’ignorent, la plupart de fléaux dont nous souffrons de nos jours (le tribalisme, la corruption, le népotisme, le favoritisme, le trafic d’influence, … ), et plus particulièrement les détournements massifs et grossiers des fonds publics, ne sont autre chose que les dégâts collatéraux de la concentration des pouvoirs entre les seules mains de l’exécutif, à savoir le Président de la République.

En effet, sous un système fédéral, le pouvoir judiciaire jouissant d’une indépendance effective, en cas de détournement avéré de la fortune publique comme l’ont souvent établi des institutions (actuellement budgétivores) telles la CONAC, la Chambre des Comptes de la Cour Suprême, le Contrôle Supérieur de l’Etat, … ., l’instance judiciaire (par l’entremise du Procureur de la république) est directement saisie ou se saisit spontanément du dossier et agit sans possibilité pour le mis en cause de bénéficier de l’empêchement ou de l’arrêt des poursuites tel qu’ordonné actuellement de temps à autre par le « Magistrat Suprême » alias Président de la République. Ce système (fédéral), le cas échéant, lequel dispose d’ailleurs de nombreux outils de bonne gouvernance et de contrôle hyper-efficaces, de manière préventive, coincerait ou mettrait d’office sur leurs gardes tous les gestionnaires de crédits en général et en particulier ceux souffrant du réflexe d’indélicatesse.

Pour sa part, la dématérialisation des procédures administratives, financières, budgétaires, comptables et fiscales, avec la mise en réseau des équipements informatiques et d’autres connexes, mettrait les usagers, les fournisseurs ou les prestataires à l’abri de multiples contacts incestueux avec des agents véreux chargés du traitement de leurs dossiers ou factures ; ces agents qui de nos jours gèrent les usagers comme leurs « gibiers ». Par conséquent, en mettant en place ces outils managériaux des temps modernes, les « protégés » du régime d’aujourd’hui seraient désormais désarmés, exposés, vulnérables et dont très méfiants, cela au grand bénéfice de la protection de la fortune publique, de la sérénité de la nation et de tous les citoyens partisans du principe du « pain gagné à la sueur de son front ».

Mieux que la théorie, le fonctionnement des banques en dit long à titre d’exemple quant aux avantages inhérents à l’usage desdits moyens. En conclusion, les détournements des derniers publics perdurent chez nous parce qu’ils sont voulus et organisés par les gouvernants, cela comme artifice pour leur maintien au pouvoir via la manipulation, la paupérisation, la clochardisation, l’asservissement , l’instrumentalisation, la corruption et l’achat des consciences en toute circonstance et plus particulièrement lors des échéances électorales, mais aussi via l’entretien des réseaux mafieux tapis dans l’ombre, payés au prix fort et qui protègent le pouvoir « par tous les moyens ». Comprenne qui pourra.

Lire l’article original sur Camer.be.

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