Wednesday, May 22, 2019

Chaos politique: ‘Il se rend compte que sa longue présidence tire vers sa fin’

Pour l’universitaire camerounais Achille Mbembe la conduite de Paul Biya ces dernières semaines est désormais dictée par la pression que lui fait subir la communauté internationale outrée par les affres de la guerre au Nord-Ouest et au Sud-Ouest et les nombreuses violations des droits de l’homme enregistrées. Dans l’analyse qu’il publie ce samedi matin, l’opposant radical met sur le compte du changement de comportement du président camerounais la visite pleine de promesses du premier ministre Joseph Dion Ngute dans les régions en conflit. « Sous pression internationale, l’homme muet et sadique a soudain retrouve la parole. Sur les réseaux sociaux ou il ne cesse de pontifier depuis quelques semaines, distribuant a la pelle des poncifs, appelant a l’oubli, mais pas a la justice et a la responsabilité », illustre-t-il dans cette réflexion suscitée par la résolution du congrès américain prise le 10 mai 2019 et défavorable aux autorités camerounaises.

Achille Mbembe pense en agitant des exemples, que l’intérêt de Paul Biya pour son peuple est dépourvu de sincérité. Il croit que le vieux président le fait parce qu’il se rend compte que sa longue présidence tire vers sa fin. « Cette époque est terminée. Elle est terminée parce qu’en partie, de plus en plus de Camerounais se sont levés pour dire publiquement: “Ca suffit”. Et d’abord ceux du Cameroun occidental. Le prix qu’ils paient n’aura cesse de s’élever, mais désormais, les projecteurs sont allumes, et leur calvaire attise de plus en plus le regard inquiet des puissances de ce monde qui ont les moyens d’agir quand un peuple bâillonné ne peut plus se défendre lui-même, pacifiquement. D’autres voix, aussi, notamment dans l’opposition (même divisée et affaiblie) se sont levées, dont celle du Professeur Maurice KAMTO et des centaines de prisonniers politiques dont il faut exiger a cor et a cri la libération immédiate, et de tous les autres dont il faut réclamer l’amnistie », clame l’historien. Qui salue aussi l’attitude de la diaspora qui selon lui, « petit à petit prend conscience de sa force potentielle, s’eveille, s’organise, et essaie de faire pression sur celles des puissances européennes qui accordent encore leur appui (politique, financier et militaire) à ce régime de sicaires ».

Achille Mbembe pense que bien que les Etats-Unis collaborent avec le régime de Yaoundé dans la lutte contre le terrorisme, ils ne se privent pas de lui remonter les bretelles sur la question de la gestion de ses affaires intérieures. « Mais les Etats-Unis comprennent parfaitement que la crise dans le Cameroun occidental (la région dite anglophone) est d’une autre nature. Elle porte sur la forme de l’Etat. Pas sur un fétiche, la “république unie et indivisible”, au nom duquel des sicaires sont prêts a tuer », avance-t-il comme preuve de son argument.

Ci-dessous le texte intégral de l’analyse du professeur Achille Mbembe

LA RESOLUTION DU CONGRES AMERICAIN ET LA QUESTION CAMEROUNAISE AU CONSEIL DE SECURITE DE L’ONU

Le Premier Ministre camerounais a, illico presto, ete depeche dans les regions anglophones. Le satrape aurait-il entame son chemin de Damas, a la maniere de son homonyme, l’ex-persecuteur reconverti en apotre de la nouvelle foi et auteur de fameux epitres?

Sous pression internationale, l’homme muet et sadique a soudain retrouve la parole. Sur les reseaux sociaux ou il ne cesse de pontifier depuis quelques semaines, distribuant a la pelle des poncifs, appelant a l’oubli, mais pas a la justice et a la responsabilite.

En realite, le tyran n’aura eprouve que dedain et mepris pour un peuple qu’il aura, de bout en bout, traite comme du cheptel.

Peu de peuples s’etant reveles prets a encaisser autant d’indignites que celui-ci et pendant aussi longtemps, c’est peut-etre pourquoi il l’aura couvert de tant d’opprobe.

Il l’aura deserte a ses moments de grande souffrance, lui preferant les morts des autres – les interminables condoleances vides a tant d’homologues etrangers, mais pas un seul mot pour la mort des siens.

En pres de 40 ans de pouvoir, il aura prefere les bords du fameux Lac, dans un hotel genevois, aux routes defoncees et impraticables de son pays, aux poubelles enfumees d’une capitale pouilleuse, et aux mouroirs qui, ici, tiennent lieu d’hopitaux.

De son bilan, les apologistes de l’immobilisme ne veulent pas en parler. Peut-etre parce qu’il saute aux yeux. M. Paul Biya a transforme le Cameroun en une violente poubelle.

Pendant longtemps, il l’a fait à huis-clos. Dans une siderante impunite. Les peuples avachis, en effet, suscitent generalement l’indifference des autres nations.

Cette époque est terminee

Elle est terminee parce qu’en partie, de plus en plus de Camerounais se sont levent pour dire publiquement: “Ca suffit”.

Et d’abord ceux du Cameroun occidental. Le prix qu’ils paient n’aura cesse de s’elever, mais desormais, les projecteurs sont allumes, et leur calvaire attise de plus en plus le regard inquiet des puissances de ce monde qui ont les moyens d’agir quand un peuple baillonne ne peut plus se defendre lui-meme, pacifiquement.

D’autres voix, aussi, notamment dans l’opposition (meme divisee et affaiblie) se sont levees, dont celle du Professeur Maurice KAMTO et des centaines de prisonniers politiques dont il faut exiger a cor et a cri la liberation immediate, et de tous les autres dont il faut reclamer l’amnistie.

Que dire de la diaspora qui, petit a petit prend conscience de sa force potentielle, s’eveille, s’organise, et essaie de faire pression sur celles des puissances europeennes qui accordent encore leur appui (politique, financier et militaire) a ce regime de sicaires.

Et de fait, les Etats-Unis en particulier se sont mis sinon a exiger des comptes, du moins a ronger leurs freins.

Leur ennemi principal dans la sous-region, c’est le terrorisme islamiste. Pour y faire face, ils sous-traitent le ‘sale boulot” au regime qui, pour le moment, l’execute d’une facon jugee “globalement satisfaisante”, peu importent les dommages collateraux.

Mais les Etats-Unis comprennent parfaitement que la crise dans le Cameroun occidental (la region dite anglophone) est d’une autre nature. Elle porte sur la forme de l’Etat. Pas sur un fetiche, la “republique unie et indivisible”, au nom duquel des sicaires sont prets a tuer.

Dans le contexte historique et anthropo-culturel qui est le notre, en effet, eriger “la republique” en fetiche absolu, c’est militer en fin de compte en faveur d’une ideologie eliminationiste.

Les apotres de l’immobilisme et de la tyrannie pretendent que “rien n’est possible”; “on ne peut pas discuter de la forme de l’Etat”; “le federalisme est impossible”; “l’alternance est impossible”; “la democratie des communautes est impossible”; “la regionalisation est impossible”; “la liberte de manifester est impossible”, “le dialogue est impossible”, bref, tout doit demeurer en l’etat.

Mais si tout doit demeurer en l’etat par peur d’un chaos que l’on s’est efforce pendant pres de 40 ans de fomenter, de doser et d’entretenir a dessein et dans lequel nous sommes d’ores et deja enfonces, cela veut dire qu’une seule chose est possible, a savoir l’elimination de tous ceux qui en appellent au changement.

C’est contre cette ideologie de l’eliminationisme au nom d’un culte paien au fetiche qu’est devenue “la republique” qu’il faut se lever.

Car, un tel culte repose fondamentalement sur des sacrifices humains – d’ou les 1850 morts, les 174 villages rases, les dizaines de milliers de refugies et deplaces internes, la militarisation de la justice, la criminalisation de toute opposition, les 200 prisonniers politiques, les detentions arbitraires de Maurice KAMTO, Michele NDOKI, Penda EKOKA et leurs compagnons.

On ne peut pas construire le Cameroun sur la base d’un systeme politique dont la seule fonction est de decider qui il faut livrer au sacrifice.

Lorsqu’on exige qu’un dialogue le plus elargi possible et le plus inclusif possible ait lieu, qui ne porte pas seulement sur la crise humanitaire, mais sur la refonte de l’Etat et ses rapports avec les communautes, c’est justement pour sortir une bonne fois pour toutes des cultes paiens de la politique herites du colonialisme, et de la logique des sacrifices humains qui en est le sous-bassement.

Cette époque est terminee

Elle est terminee parce qu’en partie, de plus en plus de Camerounais se sont levent pour dire publiquement: “Ca suffit”.

Et d’abord ceux du Cameroun occidental. Le prix qu’ils paient n’aura cesse de s’elever, mais desormais, les projecteurs sont allumes, et leur calvaire attise de plus en plus le regard inquiet des puissances de ce monde qui ont les moyens d’agir quand un peuple baillonne ne peut plus se defendre lui-meme, pacifiquement.

D’autres voix, aussi, notamment dans l’opposition (meme divisee et affaiblie) se sont levees, dont celle du Professeur Maurice KAMTO et des centaines de prisonniers politiques dont il faut exiger a cor et a cri la liberation immediate, et de tous les autres dont il faut reclamer l’amnistie.

Que dire de la diaspora qui, petit a petit prend conscience de sa force potentielle, s’eveille, s’organise, et essaie de faire pression sur celles des puissances europeennes qui accordent encore leur appui (politique, financier et militaire) a ce regime de sicaires.

Et de fait, les Etats-Unis en particulier se sont mis sinon a exiger des comptes, du moins a ronger leurs freins.

Leur ennemi principal dans la sous-region, c’est le terrorisme islamiste. Pour y faire face, ils sous-traitent le ‘sale boulot” au regime qui, pour le moment, l’execute d’une facon jugee “globalement satisfaisante”, peu importent les dommages collateraux.

Mais les Etats-Unis comprennent parfaitement que la crise dans le Cameroun occidental (la region dite anglophone) est d’une autre nature. Elle porte sur la forme de l’Etat. Pas sur un fetiche, la “republique unie et indivisible”, au nom duquel des sicaires sont prets a tuer.

Dans le contexte historique et anthropo-culturel qui est le notre, en effet, eriger “la republique” en fetiche absolu, c’est militer en fin de compte en faveur d’une ideologie eliminationiste.

Les apotres de l’immobilisme et de la tyrannie pretendent que “rien n’est possible”; “on ne peut pas discuter de la forme de l’Etat”; “le federalisme est impossible”; “l’alternance est impossible”; “la democratie des communautes est impossible”; “la regionalisation est impossible”; “la liberte de manifester est impossible”, “le dialogue est impossible”, bref, tout doit demeurer en l’etat.

Mais si tout doit demeurer en l’etat par peur d’un chaos que l’on s’est efforce pendant pres de 40 ans de fomenter, de doser et d’entretenir a dessein et dans lequel nous sommes d’ores et deja enfonces, cela veut dire qu’une seule chose est possible, a savoir l’elimination de tous ceux qui en appellent au changement.

C’est contre cette ideologie de l’eliminationisme au nom d’un culte paien au fetiche qu’est devenue “la republique” qu’il faut se lever.

Car, un tel culte repose fondamentalement sur des sacrifices humains – d’ou les 1850 morts, les 174 villages rases, les dizaines de milliers de refugies et deplaces internes, la militarisation de la justice, la criminalisation de toute opposition, les 200 prisonniers politiques, les detentions arbitraires de Maurice KAMTO, Michele NDOKI, Penda EKOKA et leurs compagnons.

On ne peut pas construire le Cameroun sur la base d’un systeme politique dont la seule fonction est de decider qui il faut livrer au sacrifice.

Lorsqu’on exige qu’un dialogue le plus elargi possible et le plus inclusif possible ait lieu, qui ne porte pas seulement sur la crise humanitaire, mais sur la refonte de l’Etat et ses rapports avec les communautes, c’est justement pour sortir une bonne fois pour toutes des cultes paiens de la politique herites du colonialisme, et de la logique des sacrifices humains qui en est le sous-bassement.

SourceCIN

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