Monday, July 22, 2019

Il faut un Etat fédéral, permettant à chaque camerounais de vivre au sein de sa culture – Akere Muna sur TV5

Invité à prendre par aux débats sur la situation sécuritaire qui prévaut au Cameroun dans le cadre du Forum Normandie Pour La paix en France, le leader du Mouvement Now en a profité pour passer chez nos confrères de TV5 Monde pour livrer son analyse sur la crise anglophone.

Une ONG norvégienne a récemment désigné la crise anglophone comme la crise la plus négligée dans le monde. Qu’est-ce-que vous proposez pour sortir de l’impasse ?

C’est simple, il faut le dialogue. C’est ce qu’ont dit les Nations Unies, l’Union Africaine, tout le monde. Il faut parler ; L’Etat dit  qu’il va amorcer un dialogue, mais sur le terrain rien ne se passe. On a plus de 600.000 déplacés, on est à environ 50.000 refugiés au Nigeria, on est à plus d’1 million d’enfants qui ne vont pas à l’école. C’est quand même une situation critique.

Comment l’Etat peut-il aujourd’hui garantir la sécurité des camerounais qui vivent dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest ?

Pour garantir leur sécurité, il faut rétablir la confiance. Les camerounais de ces deux régions doivent réapprendre à faire confiance à l’Etat. Mais aujourd’hui, l’Etat a perdu la confiance de ses citoyens dans la région du Nord-ouest et du Sud-ouest. Il faut absolument qu’il y ait un tiers qui puisse mettre tout le monde ensemble.

Ce rétablissement de la confiance que vous évoquez, peut-il  passer par le Fédéralisme ?

Je suis quelqu’un qui pense que la paix reviendra par un système fédéral. C’est ce que nous avions. N’oublions pas que l’on parle de 2 territoires qui se sont mis ensemble. Si vous regardez bien la constitution de 1961, on parle de 2 Cameroun, 2 territoires avec des cultures différentes. Tant qu’on ne sécurise pas une minorité avec ce système là, on va tourner en rond.

Il  y a eu des exactions attribuées à l’armée régulière qui ont été rapportées par les medias locaux, en tant qu’ancien bâtonnier quelles sont les stratégies les mieux adaptées pour limiter les bavures ?

Il faut arrêter la culture de l’impunité. Vous avez certainement entendu parler de cette femme et son enfant qui ont été tués dans la région du Nord-ouest. On a parlé d’enquête, mais ou en est-on ? Qui sont ces personnes là ? On n’en sait rien. Donc je pense que tant que l’on entretient cette culture de l’impunité, tant que l’on entretient cette oppression que l’on voit chaque fois qu’il y aura des manifestations, il y aura des personnes qui vont croire qu’elles peuvent faire tout ce qu’elles veulent.

La justice peut-elle réellement  jouer  son rôle dans ces conditions ?

Pour le moment, tous ceux qui se montrent hostiles au gouvernement passent devant le tribunal militaire. Est-ce-que la justice agit ? Je  ne pense pas.

Comment avez-vous perçu la démarche de Sisuku Ayuk  Tabe président autoproclamé de la république d’Ambazonie, qui annonce qu’il est près à dialoguer avec le gouvernement ?

Je pense que le problème de ce dialogue qui a été proposé par monsieur Sisuku, c’est une bonne chose. Mais je pense qu’il faut regarder au-delà, parceque le problème du Cameroun, ce n’est pas seulement, le Nord-ouest et le Sud-ouest, c’est tout le  pays qui est dans une situation précaire. C’est une affaire très sérieuse, et je  pense qu’il faut repenser l’Etat, repenser notre système. Il faut que tout le monde se mette ensemble pour qu’on essaie de voir quel est le véritable problème des anglophones, qu’est-ce -qui bloque notre pays. parceque du point de vue politique et socioculturel, le Cameroun est en panne.

Certains anglophones se disent lésés, marginalisés par l’administration francophone, qu’es-ce-que vous en pensez ?

C’est vrai, puisque l’Etat l’a reconnu et a essayé de prendre des mesures pour essayer de rattraper la chose. Mais c’est quelque chose qui est connue depuis, moi-même j’ai été victime de cela quand je suis rentré de Londres il y a  40 ans. Il y a une minorité qui a été marginalisée.

Comment remédier à cela ?

Il faut un Etat fédéral, permettant à chaque camerounais de vivre au sein de sa culture.

Cela va faire bientôt 8 mois que Paul Biya a été élu pour un 8e mandat, vous avez été très critique a propos du processus électoral, est-ce-que aujourd’hui vous prenez acte du résultat de la présidentielle ?

Je suis avocat ! Il a prêté serment, il est président de la République.

SourceCIN

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