Saturday, August 24, 2019

Prise d’otages dans l’Adamaoua: Atanga Nji force les chefs à jurer sur le livre Saint

Pour lutter contre le terrorisme et les prises d´otages , il les force à jurer sur le Coran.

En demandant aux chefs traditionnels de jurer sur le livre Saint, l’acte posé par le Minat sème l’indignation auprès de certains membres de la communauté musulmane.

Paul Atanga Nji, ministre de l’administration Territoriale (Minat) en visite de travail dans la région de l’Adamaoua la semaine dernière a menacé les chefs traditionnels de destitution s’ils continuent d’être de connivence avec les preneurs d’otages. C’était le 04 février dernier au Bois Mardock à Ngaoundéré lors d’une rencontre avec les dignitaires traditionnels, les élus locaux et les élites de la région. Sur cette lancée, le Minat fait recours aux préceptes islamiques.

Pour lui, chaque autorité traditionnelle ou religieuse devra prendre l’engagement d’œuvrer sereinement dans le cadre de la lutte contre les preneurs d’otages en dénonçant tout acte suspect, ceci, en jurant d’être sincère sur le coran et devant Dieu. Une pilule difficile à avaler.

« Les chefs traditionnels de la région de l’Adamaoua qui ne vont pas collaborer seront tout simplement destitué. Je souhaite que vous tous ici, vous allez vous engager en jurant sur le Saint Coran. Parce que le président de la République m’a envoyé ici pour vous tenir le langage de la vérité. Il m’a demandé de venir essuyer les larmes des populations victimes de ces hors la loi », avait-t-il déclaré.

Dans son intervention du jour, le 04 février dernier, le lamido de Banyo, Mohaman Yaya Gabdo, par ailleurs sénateur dément la complicité des chefs traditionnels dans cette sale besogne, mais, s’offusque plutôt de l’impunité manifeste orchestrée par les représentants de l’Administration.

« Il faut que nous soyons au même niveau d’information que l’administration. Comment les chefs traditionnels peuvent-ils communiquer lorsque dès 17 heures, le téléphone d’une autorité ne passe pas », s’est indigné le lamido ovationné par les participants à la réunion.

Dans l’arrondissement de Belel, département de la Vina, le ministre s’est même exercé à un « rituel » de distribution du livre saint. Un acte salué par certains adeptes du régime.

« Nous recherchons des solutions depuis des années mais la situation ne fait que s’aggraver à cause des complicités. Des gens sont kidnappés, torturés, tués et les villages se vident. A mon humble avis, l’acte du ministre est rendu possible avec l’accord des fils et filles de la région pour nous sortir de cette crise. Et c’est nous qui l’avons souhaité pour que revienne la paix », se réjouit Ousmaila, un membre du Rdpc à Bélél.

Mais la solution envisagée par Paul Atanga Nji n’est pas du goût de tous ; y compris chez les élites de la région, voire au sein des dignitaires de la communauté musulmane. « Nous ne comprenons pas qu’un ministre de la république puisse exiger aux citoyens de s’exécuter à ce rituel qui est sacré chez les musulmans. Cela ne fait pas partie des moyens de l’Etat pour venir à bout des preneurs d’otages. Si complicité il y a, cela revient à l’Etat d’utiliser ses moyens régaliennes pour identifier les suspects », indique un dignitaire musulman à Maroua.

Comme lui, Nana A, jeune musulman, enseignant du Coran à Ngaoundéré pense que les autorités traditionnelles ont failli à leur mission de préservation des valeurs religieuses. « Nos autorités traditionnelles ne doivent pas cautionner ces attitudes qui dénigrent la valeur du coran. On ne jure pas n’importe comment sur le coran. Cela se passe dans les grandes chefferies et selon des règles bien établies. Les élites religieuses de l’Adamaoua en sont responsables », fustige ce jeune de confession sunnite. Aussi, sur les réseaux sociaux, des avis divergent sur l’acte « osé » du Minat utile pour certains, déplacé pour d’autres.

Mesure

Ce n’est pas la première fois que des mesures sont prises pour venir à bout des preneurs d’otages. Le 20 novembre 2017, des engagements avaient été pris par les chefs traditionnels au terme de la réunion administrative présidée par le gouverneur Kildadi Taguiéké Boukar et à laquelle prenaient part, les autorités administratives et militaires, les chefs traditionnels, les ministres de cultes, la société civile, les acteurs du secteur de l’élevage et même les chefs des membres de comités de vigilance de la région. A ce titre, les chefs traditionnels avaient pris des engagements fermes notamment la consolidation de la paix et de la sécurité, la mise en œuvre au quotidien des prières sanctionnées des rites et sacrifices.

A ces actions communes, une dizaine de recommandations fortes avaient été initiées pour contrecarrer les exactions des preneurs d’otages. Il s’agit pour les plus urgentes, de mutualiser les efforts dans le renseignement prévisionnel, l’empêchement de paiement de rançon, le renforcement de la présence des forces de défense et de sécurité dans les zones à risque etc. Peu efficaces, le Minat a opté pour des mesures plus drastiques mettant les élites, les chefs traditionnels et religieux à l’épreuve du serment sur le livre sacré, pour mener le combat contre les preneurs d’otages dans la région de l’Adamaoua. Vont-ils jurer ?

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